par Erich
Mise à jour le :11.16.2023
On félicite l'artiste du mois d'octobre 2023 de Studierenden Kunstmarkt:
« Dans son travail photographique, Adrian Ferdinand s'intéresse à l'observation de son environnement immédiat, aux détails fortuits et au quotidien. Ses principaux sujets d’étude sont la (sous-)culture, la vie sociale, la mode, les valeurs et la question de sa propre identité. » On a la chance de pouvoir jeter un œil dans les coulisses.
Où et quoi étudies-tu ?
J'étudie les arts plastiques à l'Académie des Beaux-Arts de Münster et je suis dans la classe de peinture avancée de la prof Julia Schmidt depuis 2017.
Tu
voudrais peut-être nous donner un petit aperçu de ce sur quoi tu travailles en ce moment ?
Je viens de terminer une petite série d’estampes pour une prochaine exposition collective (Superdruckmarkt, du 1er au 10 décembre 2023, Brunnenstraße 107, 13355 Berlin). En parallèle, je travaille aussi sur un projet de livre un peu plus ambitieux, pour lequel j’ai pris des photos en Sicile pendant ma bourse de voyage. Mon objectif, c’est de le terminer cette année encore.
En même temps, dans notre classe, on commence doucement à planifier les visites guidées pour le début de l’année prochaine (du 31 janvier – 4 février 2024) et, entre-temps, je reçois encore des papiers administratifs que je dois remplir pour ma future bourse à la Cité Internationale des Arts à Paris.
Tu te
consacres uniquement à la photo ou d’autres formes d’expression artistique ont-elles aussi leur place dans ton travail ?
À côté de la photo, je m’amuse de temps en temps à malaxer du béton ou à construire des trucs en bois. Ces créations s’inscrivent plutôt dans le domaine de la sculpture. Au début de l’année, je me suis vraiment lancé dans la sérigraphie pour la première fois. J’ai tout de suite réalisé une bâche de camion de 6 x 3 m avec un motif abstrait, inspiré d’une photo sous-marine en noir et blanc que j’avais prise il y a plusieurs années au Kenya. En gros, on peut dire que quand j’utilise d’autres supports, c’est souvent ma photographie ou les thèmes que j’y aborde qui m’en donnent l’idée. Avant mon séjour à Paris, je voudrais vraiment continuer à travailler la sérigraphie pendant cette saison sombre, où j’ai rarement l’occasion de prendre des photos. Peut-être que j’aurai même le temps de me lancer dans un autre projet de livre qui me trotte encore dans la tête.
Comment naissent tes photos ?
Mes photos naissent la plupart du temps dans mon quotidien ou en voyage. Parmi celles-ci, ce sont surtout les moments spontanés qui m’intéressent. Les gens, leurs attitudes et leurs poses, ainsi que les objets dans l’espace public qui présentent une certaine esthétique ou une touche d’abstraction. À partir de photos individuelles et de centres d’intérêt présentant des caractéristiques chromatiques ou installatives, des séries peuvent alors voir le jour. Celles-ci partent généralement de plusieurs images et sont développées selon une trame thématique et/ou esthétique. En fonction de la situation et de ma conception, je me lance aussi délibérément dans des projets ou des séries spécifiques.
Qui t'inspire ?
Y
a-t-il quelqu'un en particulier pour toi ?
Il
y a quelques grands noms connus, dont la plupart ont un certain langage visuel bien ancré dans l'esprit, mais aussi des petits inconnus qui me restent parfois en mémoire. Wolfgang Tillmans, Tobias Zielony, Nan Goldin, Peter Piller, Juergen Teller, Martin Parr, Thibault Lévêque, Rosie Matheson, Josh Kern, Pierre Descamps… la liste est très longue. J’essaie toujours de voir un maximum de choses et de ne pas me laisser inspirer uniquement par des photographes, pour que mon regard reste flexible et ouvert à la nouveauté.
Comment tu choisis tes sujets ? Tu as toujours un objectif précis en tête ou c'est plutôt une question de feeling ?
Avec un petit appareil photo argentique qui m'accompagne au quotidien, je cherche des moments qui me semblent intéressants, ceux qui surgissent spontanément, et je les immortalise de manière intuitive. Il s’agit par exemple de natures mortes mises en scène et d’objets que d’autres disposent inconsciemment dans l’environnement et l’espace urbain, des détails qui surgissent et qui me rappellent quelque chose, me parlent ou révèlent quelque chose. Une petite tentative pour rendre visible ce qui est universel, ou même pour le remettre en question.
Quels thèmes te préoccupent depuis longtemps ?
J’ai un peu de mal à citer des thèmes précis. Les situations intimes entre amis, la question de l’identité personnelle ou les marges de la société ne sont que quelques exemples de ce que j’explore. La plupart du temps, je recherche simplement une certaine atmosphère ou une ambiance lumineuse dans mes sujets. Je cherche des personnes qui adoptent des poses ou des expressions faciales particulières, et j’observe leur comportement vis-à-vis de leur environnement. Je prête alors attention à des perspectives spécifiques, des cadrages, des jeux d’ombres et des conditions d’éclairage particulières. Parfois, c’est aussi une esthétique qui émerge de motifs abstraits dans la représentation de ce qui est normalement considéré comme inesthétique qui attire mon intérêt, comme les déchets, la décomposition ou l’usure.
Qui sont les personnes que tu représentes ? Et pourquoi ne voit-on jamais leur visage ?
Ces personnes font souvent partie de mon entourage proche ou sont de parfaits inconnus pour moi. Pour la plupart des motifs qui, d’une certaine manière, représentent une personne, ce cadrage précis sans le visage en dit souvent plus long pour moi qu’une représentation complète du corps. À moins que l’on ne s’intéresse explicitement à l’émotion exprimée par le visage, cet élément ne ferait souvent que détourner l’attention de l’essentiel. L’accent doit être mis entièrement sur l’ambiance lumineuse, l’émotion ou la posture. Cette absence confère en même temps une sorte d’universalité, ou plutôt la possibilité d’un accès plus large pour le spectateur.
Comment décrirais-tu ton style ?
Ouf, quelle question difficile. De manière générale, je dirais que mes photos ont souvent un caractère documentaire et qu’elles se caractérisent par une utilisation délibérée de la lumière, des ombres et des couleurs. Mais il m’arrive de plus en plus souvent que certaines personnes reconnaissent mon style ou mon langage visuel, ce qui me flatte beaucoup. Peut-être que je suis tout simplement trop impliqué pour donner une réponse adéquate et qu’il vaudrait mieux interroger les spectateurs.
Qu'est-ce que tu fais quand tu ne prends pas de photos ? À quoi tu t'occupes ?
Merci pour tes réponses !
Un grand merci pour cette distinction, cette interview et toutes les opportunités offertes par la plateforme !
par ici que tu peux découvrir les œuvres d'Adrian.