Frankfurter Allgemeine Zeitung
Reich, qui a 27 ans, est né à Brême et étudie actuellement la gestion d’entreprise à Leipzig ; il vient lui-même d’une famille d’artistes. Sa grand-mère était peintre verrier, son père est sculpteur sur pierre et son grand-père tenait une galerie en Suisse, active sur le marché de l’art. C’est son frère, qui étudie les arts plastiques, qui lui a donné l’idée de cette plateforme artistique pour étudiants. « Mon objectif, c’était de donner à tout le monde la possibilité de présenter son art et de le vendre en ligne », explique Reich depuis son petit bureau à Leipzig. Au début, en 2019, l’initiative s’adressait surtout aux étudiants des écoles d’art de Saxe. Quelques mois plus tard, l’Université des Arts et l’École supérieure d’art de Weißensee à Berlin se sont jointes à l’initiative. Reich a sillonné d’autres ateliers et académies à la recherche de partenaires. Surtout au début, il a fallu donner beaucoup d’explications : ça a été un vrai défi de convaincre les étudiants en art de s’enthousiasmer pour le projet, dit-il. Beaucoup étaient sceptiques, surtout parce que ça rendrait en principe les galeries obsolètes en tant qu’intermédiaires de l’art. Mais dès que le premier tableau a été vendu, l’idée s’est répandue dans les écoles d’art. Aujourd’hui, le marché d’art étudiant compte 170 artistes allemands dans son portefeuille, mais aussi des artistes d’Autriche, de Suisse, de Pologne, de République tchèque et des Pays-Bas.
Plus de 1 700 œuvres sont disponibles sur la plateforme, où, depuis le premier confinement, une œuvre d’art est vendue en moyenne chaque jour. Pour Reich, c’est important que tout le monde ait la chance d’exposer ses œuvres ; on y trouve de la peinture, de la photo et des sculptures : « On veut rendre l’accès le plus facile possible. Ce n’est pas le book ni l’expérience passée avec des galeries qui compte pour nous. » C’est aussi pour ça que la plateforme utilise les réseaux sociaux. Rien que sur Instagram, Reich et son équipe comptent plus de 14 000 abonnés. Chaque jour, ils publient des stories là-bas ou sur Facebook et présentent au moins un jeune artiste inconnu. « Avec le marché d’art étudiant, on veut offrir un avantage par rapport aux galeries traditionnelles », explique Reich. Alors que les galeries prennent souvent des commissions plus élevées pour la mise en relation, surtout avec les artistes plus jeunes et moins connus, son projet se distingue par une commission modique, qui n’est due que lorsqu’une œuvre est effectivement vendue. Les œuvres proposées se situent toutes dans une fourchette de prix moyenne, jusqu’à environ 5 000 euros.
Franziska Schell, qui est en troisième semestre à Munich, a mis en vente une dizaine de tableaux sur la plateforme. Il s’agit de paysages expressifs à l’acrylique et d’études de nus abstraits. Depuis le lancement en 2019, elle a réussi à vendre des œuvres à plusieurs reprises. « C’est un bon moyen de donner plus de visibilité à son art, même au-delà des galeries », dit-elle. Stella Guzmán Schikora, née au Mexique en 1998 et qui étudie les beaux-arts à l’université Alanus près de Bonn depuis 2019, partage ce point de vue. Ses portraits et ses paysages coûtent entre 300 et 600 euros. Elle aussi apprécie le réseau de la plateforme : « Le marché de l’art étudiant m’aide à nouer des contacts avec des acheteurs et d’autres artistes, tout en étant une source d’inspiration. »
Pour Reich, le profil des acheteurs est assez varié ; les jeunes collectionneurs d’art qui souhaitent acquérir des œuvres originales et encore méconnues constituent le principal public cible. Mais les collectionneurs traditionnels ont eux aussi remarqué la plateforme. Son credo, c’est en tout cas de proposer de l’art de grande qualité. Il ne pense toutefois pas que le « Studentenkunstmarkt », malgré son succès pendant la pandémie, puisse remplacer les visites en présentiel dans les écoles d’art ; l’art contemporain repose justement sur la confiance et le contact réel. C’est pourquoi Reich veut continuer à développer l’offre du marché d’art étudiant et coopérer avec des galeries, surtout dans sa ville natale, Leipzig : Ça marche bien jusqu’à présent : une dizaine d’artistes présentés ont été repérés par des galeries en 2020.
En ce moment, Reich organise la première exposition en présentiel du « Studentenkunstmarkt » aux Pittlerwerke à Leipzig. Il prévoit d’y présenter une vingtaine d’artistes du 16 au 19 septembre. C’est une nouvelle étape pour les jeunes étudiants en art, qui peuvent ainsi présenter leurs œuvres à un large public sans trop d’efforts, explique-t-il. Mais le rêve d’Erich Reich va plus loin : il veut créer un réseau social de jeunes artistes qui les mette en relation avec des galeries, des organismes de bourses et des résidences d’artistes, leur ouvrant ainsi la voie vers le marché de l’art allemand. (https://studenten-kunstmarkt.de/)
KEVIN HANSCHKE
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